Je suis l’amour retenu.
Celui qui se vit entre une femme et un homme.
Celui qui naît dans un couple, dans un regard, dans une promesse silencieuse…
et qui apprend très vite à se retenir.
Je les vois, ces femmes et ces hommes qui disent s’aimer.
Ils s’aiment sincèrement.
Ils se choisissent.
Ils avancent ensemble.
Et pourtant…
Ils parlent de compromis.
D’équilibre.
De maturité émotionnelle.
Ils disent qu’il faut doser.
Ne pas trop en faire.
Ne pas trop se dévoiler.
Ne pas trop attendre.
Ils aiment, oui.
Mais avec des précautions.
Avec des règles invisibles.
Avec cette vigilance permanente de ne pas trop dépendre, ne pas trop ressentir, ne pas trop risquer.
Ils appellent ça se protéger.
Moi, je reconnais surtout la peur de se donner sans filet.
Je suis là quand les mots sont choisis avec soin.
Quand les élans sont freinés à la dernière seconde.
Quand le cœur s’ouvre… puis se referme aussitôt.
Ils veulent être aimés sans trop se montrer.
Désirés sans trop se livrer.
Choisis sans trop se révéler.
L’ego adore cette version de moi.
Un amour raisonnable.
Maîtrisé.
Compatible avec l’image qu’ils veulent préserver.
Alors il raconte.
Il explique qu’il faut du temps.
Qu’il faut se préserver.
Qu’il faut éviter de trop donner.
Qu’il faut rester digne, autonome, solide.
Pendant ce temps-là, la réalité vit autre chose.
Elle vit la distance qui s’installe dans le couple.
Les non-dits qui s’accumulent sous prétexte de calme.
Le désir qui s’essouffle sans dispute, sans crise, sans bruit.
La sensation d’être ensemble… sans vraiment se rencontrer.
Ils disent que la relation est stable.
Moi, je vois un amour qui attend encore l’autorisation d’exister pleinement.
Ils disent que tout va bien.
Moi, je vois deux êtres qui s’aiment… mais qui n’osent plus se toucher vraiment, au bon endroit.
Ils parlent de long terme.
Pendant que le présent se vide doucement.
Je ne fais pas de bruit.
Je ne claque pas de porte.
Je me retire lentement.
Et un jour, ils ne savent plus quand c’est arrivé.
Ils disent que l’amour est parti.
En réalité, il n’a jamais été pleinement accueilli.
Ils n’ont pas cessé d’aimer.
Ils ont cessé de risquer.
L’ego appelle ça de la sagesse.
Moi, j’appelle ça une peur qui a pris le pouvoir dans le couple.
Aimer vraiment, ce n’est pas se perdre.
C’est arrêter de se cacher.
Et tant que l’amour doit être contrôlé pour exister,
il reste là…
retenu.
Je suis l’amour.
Celui qui attend qu’on ose.
Quand je parle de l’amour dans le couple, je parle de ce que je vois chaque jour chez des femmes et des hommes sincères, engagés, sensibles.
Pas de manque d’amour.
Mais une retenue constante, presque invisible, installée au nom de la protection.
Beaucoup croient aimer pleinement, alors qu’ils aiment prudemment.
Non par froideur, mais par peur de ce que l’amour pourrait réveiller, demander, déplacer.
Et tant que l’amour doit être sécurisé avant d’être vécu,
le couple tient…
mais il ne respire plus vraiment.
« Et si le problème dans beaucoup de couples n’était pas le manque d’amour… mais la peur de le vivre pleinement ? »
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